Polution lumineuse - Trames noires
Procurant un sentiment de sécurité et permettant d’étendre notre temps d’activité, l’éclairage artificiel nous offre des possibilités tout à fait impensables il y a une centaine d’années. Mais l’accroissement des émissions lumineuses s’accompagne aussi d’effets indésirables en termes de :
• santé publique (problèmes de sommeil, fatigue chronique...)
• qualité de vie (diminution de la visibilité des étoiles et autres astres)
• biodiversité
Si chacun a pu observer les nombreux papillons de nuit désorientés par les luminaires, les espèces touchées et les mécanismes d’impact sont très divers. On peut citer à titre d’exemple :
• de nombreuses chauves-souris sont repoussées par la lumière ; les zones éclairées agissent comme des barrières empêchant leur déplacement,
• la communication lumineuse des lucioles et vers luisants devient inefficace empêchant mâles et femelles de se rencontrer,
• les poissons peuvent être très attirés par la lumière ce qui provoque épuisement ou risque de prédation accrue,
• les fleurs soumises à la lumière artificielle sont moins visitées par les pollinisateurs nocturnes,
• perturbés par les luminaires, les oiseaux commencent à chanter plus tôt le matin ce qui peut provoquer un stress physiologique,
• ...
C’est aussi un coût important pour les collectivités : l’éclairage public représente près de 40% des consommations d’électricité des communes françaises.
Depuis quelques années, d’importants efforts ont été faits pour réduire ces factures d’électricité mais sans forcément prendre en compte tous les impacts de l’éclairage.
Pourtant il existe des solutions pour réduire les effets de cette pollution sur la biodiversité.
Les communes d’Isigny-sur-mer et de Pirou, le Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin et le Syndicat Départemental d’Energies du Calvados et le Syndicat Départemental d’Energies de la Manche se sont associés pour tester la mise en œuvre locale de ces solutions.
Un groupement de bureau d’études a été recruté pour :
• établir une cartographie des réservoirs de biodiversité (les secteurs où les espèces peuvent accomplir l'intégralité de leur cycle biologique) et des corridors qui les relient, à l’échelle de chaque commune.
• identifier les secteurs où l’éclairage public perturbe les réservoirs de biodiversité ou les déplacements de la faune dans leurs corridors. On obtient ainsi ce que l’on appelle une trame noire, sur le modèle des trames vertes et bleues
Confronté à une cartographie des enjeux humains réalisée par les élus communaux, ce travail permet de définir un programme de rénovation du parc d’éclairage public qui joue sur trois leviers :
• éclairer uniquement là où les usages le nécessitent et réduire la dispersion de la lumière vers les zones non ciblées (naturelles ou bâties) en jouant sur la hauteur des mâts, leur position ou des dispositifs coupe flux,
• limiter l’éclairage aux périodes d’usage : par exemple extinction en coeur de nuit, ou abaissement de puissance si l’usage est continu,
• choix de couleurs d’éclairage chaudes proches de celles de l’aube ou du crépuscule (réduire au maximum la quantité de lumière bleue) et de puissances faibles.
